Ici soit-il

Création 2020

© Photo bandeau : Alain Scherer

« Elle n’a plus de passé sur les talons, hormis de lointaines et entêtantes bribes. » Laurence Vielle

Croyant peut-être le tenir, elle s’invente un présent, maintenant que le passé lui échappe. Mais déjà ce présent se dérobe et inquiète. « Que restera-t-il d’elle, lorsqu’elle aura oublié jusqu’à mon nom ? » se demande le chorégraphe.

Partant du cas de sa propre mère, Yann Lheureux et son équipe ont enquêté sur le terrain de la maladie d’Alzheimer, ouvrant ainsi la problématique intime à un questionnement plus large sur le statut de la mémoire, de la perte, de ses aléas, à l’époque du stockage massif et illimité, des devoirs de mémoire et des oublis collectifs, posant ici Alzheimer en maladie du siècle. Basée sur les échanges menés avec les différentes personnalités rencontrées (chercheurs en neurosciences, gériatres, psychologues, acteurs associatifs, soignés, soignants), la pièce chorégraphique Ici soit-il se déploie dans un maillage de danses, de sons et de textes, faisant de ce trouble de la disparition une possible source d’apparition. Ou comment l’individu, diminué par ses défaillances, reste malgré tout, un être en devenir.

Création les 26 et 27 février 2020 / Théâtre La Vignette, en partenariat avec le Festival Montpellier Danse, saison 2019-20

UNE MAMAN QUI CHANTE…
Elle qui était un cordon bleu a raccroché son tablier. Elle qui cousait bien volontiers et adorait faire des confitures ne touche plus ni aiguille, ni chaudron.
Elle qui nourrissait parfois ce chat errant, passe maintenant ses soirées et parfois ses nuits à le chercher dehors pour qu’il rentre se coucher auprès d’elle.
Croyant peut-être le tenir, elle s’invente un présent, maintenant que le passé lui échappe. Mais déjà ce présent se dérobe lui aussi et à mesure que s’évanouissent présent et futur : il inquiète… Que reste-t-il lorsque le maintenant n’existe plus très bien ? Que reste-t-il quand le sol de l’identité disparaît ? Que restera-t-il d’elle – ma maman – lorsqu’elle aura oubliée jusqu’à mon nom ?
Longtemps, j’ai pensé qu’oublier était un atout : celui des mots, des gestes, des autres, des situations. Aujourd’hui que c’est un peu de ma mémoire qui s’en va avec celle de ma mère, diagnostiquée Alzheimer en 2011, je loue cette faculté de se souvenir, car elle dit qui l’on est, en rapport à soi, en rapport aux autres et au Monde.
Je ne peux pas non plus pourtant, la plaindre totalement quand elle semble parfois si profondément heureuse d’avoir à vivre en l’instant : elle chantonne en souriant les premières phrases de cet air chanté par Line Renaud « Ma cabane au Canada ».

… UN HOMME, SON FILS, QUI DANSE.
Danseur, chorégraphe, j’ai depuis toujours été fasciné par les questions de l’identité et du territoire : c’est le cœur même de mon travail. Aujourd’hui, me voici face à cette pathologie, qui prend de plus en plus de place entre ma mère et moi. Elle n’a plus de passé sur les talons hormis de lointaines et entêtantes bribes. Le seul avenir qu’elle peut concevoir se compte en heures. Ma mère est entrée dans une maison dont elle ne ressortira pas.
Alors je m’interroge quand je pressens que par tous les manques et amoindrissements que génèrent cette maladie, elle occasionne des disparitions qui sont également des sources d’apparition…

Distribution

Conception, chorégraphie, interprétation :
Yann Lheureux
Création sonore : Arnaud Bertrand
Création lumière : Catherine Noden
Création scénographique :
Yann Lheureux et Ann Williams
Costumes : Ann Williams
Aide à la dramaturgie : Marie Dufaud
Régie générale : Lucas Baccini

Ressources scientifiques : ITEV (institut transdisciplinaire d’études sur le vieillissement) Genopolys Montpellier.
Ressources médicales : CHRU Montpellier gériatrie, CHRU Montpellier neurologie
Ressources humaines : Association France Alzheimer Hérault, EHPAD Françoise Gauffier Montpellier, CCAS de Montpellier, EHPAD CHU d’Arles

Production et soutiens

Coproductions : Les Bambous, scène conventionnée, Saint-Benoît de la Réunion / La Maison de la vallée, Luz Saint Sauveur, Le Citron Jaune – CNAR, Port-Saint-Louis du Rhône
Résidences de territoire : CCAS de Montpellier, EHPAD Françoise Gauffier, Montpellier, Les Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, EHPAD CHU d’Arles
Accueils en résidence : Agora-Montpellier Danse, Théâtre d’O, Montpellier, ECAM Théâtre du Kremlin Bicêtre, Pôle de Développement Chorégraphique Mosson / Montpellier – Espace Bernard Glandier (Cie Didier Théron)

Presse